Science du Jeûne
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Que se passe-t-il dans le corps pendant le jeûne ?

Sophie PIHAN
Sophie PIHAN
Naturopathe, spécialisée troubles hormonaux & hypersensibilité.
En résumé
Le corps ne passe pas brutalement d’un état “nourri” à un état de jeûne (ou de cétose). Les changements métaboliques s’installent progressivement et se chevauchent.

Le corps ne passe pas brutalement d’un état “nourri” à un état de jeûne (ou de cétose). Les changements métaboliques s’installent progressivement et se chevauchent.

Les horaires indiqués ci-dessous sont donc des repères : la vitesse de ces adaptations varie d’une personne à l’autre, en fonction notamment du dernier repas, de sa composition, de l’activité physique, des réserves énergétiques et de l’état métabolique de chacun.

Après 12 heures : l’organisme commence à mobiliser ses réserves

Après un repas, notre organisme utilise en priorité les nutriments qui viennent d’être absorbés. L’insuline est alors relativement élevée et favorise notamment l’utilisation et le stockage du glucose et de l’énergie.

Lorsque nous cessons de manger, le taux d’insuline diminue progressivement. L’organisme commence alors à mobiliser ses réserves pour maintenir un apport énergétique suffisant aux différents organes et cellules.

Le foie libère notamment du glucose à partir du glycogène qu’il a stocké. Cette réserve permet de maintenir la glycémie et d’assurer l’approvisionnement des tissus qui dépendent encore largement du glucose, notamment le cerveau.

En parallèle, la mobilisation des graisses commence progressivement à augmenter. Les cellules adipeuses libèrent des acides gras dans le sang, qui peuvent être utilisés comme source d’énergie par différents tissus.

Le corps commence donc déjà à modifier son fonctionnement : il dépend progressivement de moins en moins des apports du dernier repas et commence à utiliser davantage ses propres réserves.

Après 24 heures : le métabolisme change progressivement de carburant

Au bout d'environ 24 heures, les réserves de glycogène hépatique ont fortement diminué et tirent à leur fin. L’organisme doit alors fabriquer davantage de glucose lui-même afin de maintenir une glycémie suffisante.

C’est ce que l’on appelle la néoglucogenèse.

Le foie, et dans une moindre mesure les reins, produisent du glucose à partir de différents substrats, notamment le lactate, le glycérol issu des graisses et certains acides aminés.

Mais parallèlement, la mobilisation des graisses se met en place et s’intensifie. Les triglycérides stockés dans le tissu adipeux sont progressivement décomposés en acides gras et en glycérol. Les acides gras peuvent alors être utilisés comme carburant par de nombreux tissus.

Le foie commence également à transformer une partie de ces acides gras en corps cétoniques (principalement le bêta-hydroxybutyrate et l’acétoacétate). Leur concentration dans le sang augmente progressivement à mesure que le jeûne se prolonge.

On entre ainsi peu à peu dans ce que l’on appelle le “switch métabolique” : l’organisme passe d’une utilisation principalement alimentée par le glucose issu des repas et du glycogène stocké (dans le foie mais aussi dans le muscle et dans le sang) à une utilisation croissante des graisses et des corps cétoniques.

Il ne s’agit toutefois pas d’un interrupteur qui basculerait à une heure précise. C’est une transition progressive.

Et le cerveau ?

Le cerveau utilise habituellement beaucoup de glucose pour fonctionner. Mais il possède une remarquable capacité d’adaptation.

Lorsque le jeûne se prolonge, les corps cétoniques produits par le foie deviennent progressivement une source d’énergie supplémentaire pour le cerveau. Parmi eux, le bêta-hydroxybutyrate et l’acétoacétate peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique grâce à des transporteurs spécifiques, ce qui leur permet d'être utilisés par le cerveau comme carburant.

Cette capacité est particulièrement importante lorsque les apports en glucose diminuent : à mesure que le jeûne se prolonge et que la production de corps cétoniques augmente, le cerveau peut progressivement en utiliser davantage pour couvrir une partie de ses besoins énergétiques.

Cette adaptation permet de réduire peu à peu sa dépendance au glucose. Elle participe également à l’épargne protéique : en utilisant davantage les graisses et les cétones comme carburant, l’organisme réduit progressivement ses besoins en production de glucose et donc, en partie, son recours aux acides aminés pour en fabriquer.

C’est notamment cette évolution métabolique qui pourrait contribuer, chez certaines personnes, à la sensation de clarté mentale rapportée pendant le jeûne.

Mais là encore, l’expérience est individuelle. Certaines personnes ressentent davantage de vigilance et de clarté, tandis que d’autres peuvent connaître une période de fatigue ou de difficultés de concentration pendant la phase d’adaptation, qui sont évidemment temporaires.

Après 48 heures : la production de corps cétoniques s’intensifie

Après deux jours sans apport alimentaire, les adaptations métaboliques sont encore plus marquées.

La néoglucogenèse reste active afin de fournir le glucose nécessaire aux tissus qui en ont encore besoin, mais l’organisme s’appuie de plus en plus sur les graisses comme source d’énergie.

La cétogenèse, c’est-à-dire la production de corps cétoniques par le foie, s’intensifie également.

Lorsque les apports alimentaires cessent et que les réserves de glycogène diminuent, l’organisme mobilise progressivement davantage ses réserves de graisses. Les triglycérides stockés dans le tissu adipeux sont alors décomposés en acides gras, qui rejoignent notamment le foie.

Une partie de ces acides gras y est transformée en corps cétoniques. Cette production de corps cétoniques constitue une adaptation essentielle du métabolisme au jeûne.

À mesure que le jeûne se prolonge, la production de cétones augmente et leur concentration dans le sang s'élève progressivement : c’est ce que l’on appelle la cétose nutritionnelle ou physiologique.

Les corps cétoniques deviennent alors la source d’énergie principale pour plusieurs tissus, notamment le cerveau, qui peut progressivement en utiliser une part plus importante pour couvrir ses besoins énergétiques.

Cette évolution permet à l’organisme de s’appuyer davantage sur ses réserves lipidiques et de réduire progressivement ses besoins en glucose. Elle contribue ainsi à limiter une partie du recours aux acides aminés pour fabriquer ce glucose.

À ce stade, le métabolisme est donc de plus en plus orienté vers l’utilisation des réserves lipidiques.

Et l’autophagie dans tout ça ?

Le jeûne influence également certains mécanismes de maintenance et de recyclage cellulaire, parmi lesquels l’autophagie.

L’autophagie est un processus naturel au cours duquel les cellules dégradent certains composants cellulaires endommagés ou devenus inutiles afin d’en recycler les constituants. Elle participe ainsi au maintien de l’équilibre et du bon fonctionnement des cellules.

La diminution des apports en nutriments et les changements métaboliques associés au jeûne peuvent stimuler certaines voies impliquées dans l’autophagie.

Mais attention à une idée très répandue : il n’existe pas de moment précis, par exemple “à 24 heures” ou “à 48 heures”, où l’autophagie se déclencherait soudainement.

Il s’agit d’un ensemble de mécanismes complexes, dont l’activation varie selon les tissus, la durée du jeûne, l’état nutritionnel et de nombreux facteurs individuels. Les données permettant de mesurer précisément l’autophagie chez l’être humain au cours d’un jeûne restent d’ailleurs encore limitées.

Il est donc plus juste de parler d’une augmentation progressive de certains mécanismes de recyclage et de maintenance cellulaire que d’un “nettoyage” qui commencerait à une heure précise.

12 h, 24 h, 48 h : trois repères, pas trois seuils

Ces trois étapes permettent de visualiser les grandes adaptations métaboliques qui accompagnent les premières journées de jeûne.

Le passage vers la mobilisation des graisses et la production de corps cétoniques commence progressivement avant 24 heures et se poursuit bien au-delà de 48 heures. De même, les mécanismes cellulaires comme l’autophagie ne suivent pas une horloge identique chez chacun.

Ce qui est remarquable, c’est surtout la flexibilité métabolique de notre organisme : lorsque les apports alimentaires s’interrompent, il est capable de changer progressivement de source d’énergie, de mobiliser ses réserves et d’adapter le fonctionnement de ses organes à cette nouvelle situation.

En 48 heures, le corps n’est donc pas simplement “privé de nourriture”. Il est en train de changer de mode de fonctionnement.

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