Le jeûne ralentit-il le métabolisme ? Ce que dit la science

Le métabolisme, qu'est-ce que c'est exactement ?
Le métabolisme correspond à l'ensemble des réactions chimiques qui permettent à notre organisme de fonctionner et de produire ou d'utiliser de l'énergie.
Même lorsque nous ne faisons rien, notre corps consomme de l’énergie. Le cœur continue de battre, les poumons de fonctionner, le cerveau reste actif, les cellules entretiennent leurs structures et la température corporelle doit être maintenue. Cette dépense énergétique au repos représente généralement autour de 60 à 70 % de l’énergie que nous dépensons chaque jour (autour de 1 300 à 1 800 kcal par jour au repos).
Cette dépense énergétique au repos est souvent appelée métabolisme de repos ou métabolisme de base : elle représente une grande partie de l'énergie que nous dépensons chaque jour.
À cela s'ajoutent l'énergie utilisée pour digérer les aliments, bouger, travailler, faire du sport et toutes les autres activités quotidiennes.
Le métabolisme n'est donc pas un simple « moteur » qui fonctionnerait toujours à la même vitesse. Il s'adapte en permanence à notre alimentation, à notre activité, à notre masse corporelle et à notre environnement.
Que se passe-t-il lorsque l'on arrête de manger ?
Lorsque les apports alimentaires diminuent fortement ou cessent pendant un certain temps, l'organisme doit continuer à fournir l'énergie dont il a besoin pour fonctionner alors qu'il n'en reçoit plus de l'extérieur.
Il commence donc par utiliser ses réserves de glycogène (la forme sous laquelle le glucose est stocké), puis augmente progressivement la mobilisation des graisses (la cétose se met en marche).
Au fur et à mesure que le jeûne se prolonge, les corps cétoniques deviennent donc plus importants comme source d'énergie, notamment pour le cerveau.
Le métabolisme ne s'arrête donc pas : il change de carburant.
Une étude menée chez 12 hommes en bonne santé a suivi les modifications du métabolisme énergétique pendant un jeûne de 60 heures. Les chercheurs ont notamment observé une augmentation progressive de l'utilisation des graisses comme source d'énergie au cours du jeûne.*
Cette capacité à passer progressivement d'une source d'énergie à une autre est généralement appelée flexibilité métabolique (la capacité de l'organisme à adapter l'utilisation des glucides et des graisses en fonction des besoins et de la disponibilité des nutriments).
Mais alors, le métabolisme ralentit-il réellement ?
Lorsque le jeûne se prolonge, certaines adaptations peuvent effectivement conduire à une diminution de la dépense énergétique.
L'organisme reçoit moins d'énergie et adapte donc son fonctionnement. Plusieurs mécanismes peuvent intervenir : les changements hormonaux, la diminution de certains processus énergivores et, lorsque le jeûne ou la restriction alimentaire se prolonge suffisamment, la diminution de la masse corporelle elle-même.
Le corps devient alors plus économe en énergie.
Ce phénomène est bien documenté dans le contexte de la restriction calorique prolongée. La dépense énergétique peut diminuer davantage que ce que la seule perte de masse corporelle permettrait d'expliquer : c'est ce que les chercheurs appellent l'adaptation métabolique.**
Mais il est important de ne pas confondre cette adaptation avec l'idée d'un métabolisme qui serait « bloqué ».
Il s'agit plutôt d'une réponse physiologique à une diminution des apports énergétiques.
Le rôle des hormones
Le jeûne entraîne également des modifications hormonales qui participent à cette adaptation.
L'insuline diminue, tandis que d'autres hormones et signaux métaboliques évoluent afin de favoriser la mobilisation des réserves énergétiques.
Les hormones thyroïdiennes sont également concernées. La triiodothyronine, ou T3, joue notamment un rôle important dans la régulation de la dépense énergétique. Le système thyroïdien participe justement à l’adaptation de l’organisme aux variations de son environnement, notamment lorsque la disponibilité en énergie change. Il peut ainsi ajuster l’intensité de certains processus métaboliques en fonction des besoins de l’organisme.
Les études montrent qu'un jeûne prolongé peut entraîner une diminution de la T3, ce qui participe à l'adaptation de l'organisme à la disponibilité réduite en énergie.***
Une méta-analyse publiée en 2026, portant sur 15 études humaines de jeûne d'au moins 24 heures, a retrouvé une diminution significative de la T3 libre et de la T3 totale, tandis que la T4 libre ne variait pas significativement. Les auteurs interprètent principalement ces changements comme une modification du métabolisme périphérique des hormones thyroïdiennes plutôt qu'une simple diminution de leur production.****
Ce résultat est intéressant car il montre que la diminution de la T3 observée pendant un jeûne peut faire partie d'une réponse d'adaptation. Lorsque les apports énergétiques diminuent, l'organisme ajuste son fonctionnement afin de tenir compte de cette nouvelle disponibilité en énergie. Il ne s'agit donc pas nécessairement d'un « ralentissement » pathologique de la thyroïde, mais plutôt d'une modification de la régulation du métabolisme.
Le corps ne reste donc pas « passif » pendant un jeûne : il ajuste plusieurs systèmes pour s'adapter à la nouvelle situation énergétique.
Pourquoi cette adaptation n'est-elle pas forcément une mauvaise chose ?
Le terme « ralentissement » peut donner l'impression que l'organisme fonctionne moins bien.
Pourtant, une partie de ces changements correspond simplement à une adaptation normale à la disponibilité de l'énergie.
Lorsque les apports diminuent, il serait plutôt étonnant que le corps continue à dépenser exactement la même quantité d'énergie qu'en période d'alimentation abondante.
L'organisme modifie donc ses priorités : il mobilise davantage ses réserves, change les carburants utilisés par les différents tissus et ajuste certaines dépenses énergétiques.
Cette capacité d'adaptation est justement l'une des caractéristiques fondamentales du métabolisme humain.
Et le jeûne intermittent ?
Il est important de distinguer un jeûne de plusieurs jours d'un jeûne intermittent ou d'une alimentation limitée dans le temps.
Avec une fenêtre alimentaire quotidienne, par exemple, le jeûne peut durer 14, 16 ou 18 heures, puis être interrompu par des repas réguliers. Les adaptations métaboliques ne sont donc pas nécessairement comparables à celles observées après plusieurs jours sans apport alimentaire.
Les études sur la restriction alimentaire limitée dans le temps ne montrent d'ailleurs pas systématiquement une diminution du métabolisme de repos. Une méta-analyse d'essais randomisés portant sur le time-restricted eating (alimentation limitée dans une fenêtre horaire quotidienne) a étudié différents paramètres métaboliques et montre que les effets dépendent notamment du protocole utilisé et de la population étudiée.*****
Une étude randomisée publiée plus récemment chez 76 adultes sans obésité a également comparé le jeûne un jour sur deux, l'alimentation limitée dans le temps et un groupe témoin. Dans cette étude, une diminution du métabolisme de repos a été observée avec le jeûne un jour sur deux, mais pas avec l'alimentation limitée dans le temps.******
Cela rappelle une chose importante : il n'existe pas « un » effet du jeûne sur le métabolisme. La durée, la fréquence des jeûnes, les apports alimentaires pendant les périodes de repas et les caractéristiques individuelles comptent beaucoup.
Le métabolisme peut-il « rester bloqué » après un jeûne ?
C'est une autre idée fréquemment associée au jeûne.
Les adaptations métaboliques ne signifient pas nécessairement que le métabolisme reste durablement diminué après chaque période de jeûne. Les données disponibles montrent surtout des adaptations liées à la restriction énergétique, à la perte de poids et à la durée de celle-ci.
Il faut également distinguer le jeûne lui-même d'une restriction calorique chronique. Une personne qui jeûne ponctuellement puis reprend une alimentation couvrant ses besoins énergétiques n'est pas dans la même situation qu'une personne qui reste pendant des mois dans un déficit énergétique important.
C'est notamment pour cette raison que les recherches sur le jeûne intermittent donnent des résultats différents selon les protocoles étudiés.
Alors, le jeûne ralentit-il le métabolisme ?
Oui et non.
Un jeûne suffisamment prolongé peut entraîner une diminution de certaines dépenses énergétiques et des adaptations hormonales qui rendent l'organisme plus économe. Ce phénomène est réel et fait partie de la réponse physiologique à une disponibilité réduite en énergie.
Mais dire simplement que « le jeûne ralentit le métabolisme » est trop simplificateur.
Le métabolisme ne s'éteint pas et ne se « bloque » pas. Il s'adapte : l'organisme utilise davantage ses réserves, modifie ses sources d'énergie et ajuste certaines dépenses.
Et cette adaptation n'est pas figée. Lorsque l'alimentation reprend (de manière globalement saine et équilibrée), l'organisme change à nouveau de fonctionnement. Les apports énergétiques et glucidiques augmentent, l'insuline remonte, le stockage des nutriments est à nouveau favorisé et l'utilisation des différentes sources d'énergie se rééquilibre progressivement. Autrement dit, le métabolisme s'adapte au contexte : il ne reste pas dans un « mode économie » une fois le jeûne terminé.
La question importante est donc moins de savoir si le métabolisme « ralentit » que de comprendre comment il s'adapte à la durée du jeûne et à la disponibilité de l'énergie, puis comment il se réajuste lorsque l'alimentation reprend.
Et c'est probablement l'un des aspects les plus intéressants du jeûne : notre organisme n'est pas conçu pour fonctionner uniquement lorsque nous venons de manger. Il possède une remarquable capacité à passer d'un état nourri à un état de mobilisation des réserves, puis à revenir progressivement à l'état nourri lorsque les apports alimentaires reprennent.
Références scientifiques
- * Schrauwen P, et al. The impact of prolonged fasting on 24h energy metabolism and its 24h rhythmicity in healthy, lean males: A randomized cross-over trial. Clinical Nutrition. 2023. DOI : 10.1016/j.clnu.2023.10.010. L’étude a porté sur 12 hommes en bonne santé soumis à un jeûne de 60 heures. Les chercheurs ont observé une modification progressive de l’utilisation des substrats énergétiques, avec une augmentation de l’oxydation des graisses au cours du jeûne.
- ** Most J, Redman LM. Impact of calorie restriction on energy metabolism in humans. Experimental Gerontology. 2020;133:110875. DOI : 10.1016/j.exger.2020.110875. Cette revue analyse notamment les mécanismes d’adaptation de la dépense énergétique observés chez l’être humain lors d’une restriction calorique prolongée, ainsi que les facteurs susceptibles de les influencer.
- *** Liu L, et al. Effects of fasting on thyroid hormone profiles: a systematic review and meta-analysis of TSH, FT3, FT4, and total T3 responses. 2026. Cette méta-analyse de 15 études humaines portant sur des jeûnes d'au moins 24 heures a retrouvé une diminution de la T3 libre et de la T3 totale au cours du jeûne. Les auteurs suggèrent que ces modifications participent à l'adaptation du métabolisme à la diminution des apports énergétiques.
- **** Ulupınar S, Kaya K, Çamlı A, Terzi M, Yavuz A, Özbay S. Effects of fasting on thyroid hormone profiles: a systematic review and meta-analysis of TSH, FT3, FT4, and total T3 responses. Frontiers in Endocrinology. 2026;17:1876045. DOI : 10.3389/fendo.2026.1876045. La méta-analyse a inclus 15 études humaines portant sur des jeûnes d’au moins 24 heures. Elle retrouve une diminution significative de la T3 libre et de la T3 totale, ainsi que de la TSH, sans modification significative de la T4 libre. Les auteurs estiment que ce profil est davantage compatible avec une modification du métabolisme périphérique des hormones thyroïdiennes, notamment une moindre conversion de T4 en T3, qu’avec une diminution uniforme de la production hormonale.
- ***** Liu L, Chen W, Wu D, Hu F. Metabolic Efficacy of Time-Restricted Eating in Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. 2022;107(12):3428–3441. DOI : 10.1210/clinem/dgac570. Cette méta-analyse a regroupé 17 essais contrôlés randomisés, soit 899 participants. Elle a évalué les effets de l’alimentation limitée dans le temps sur le poids et différents paramètres métaboliques. Les résultats montrent notamment une diminution du poids et de la masse grasse, mais les effets varient selon les populations et les protocoles étudiés.
- ****** Derron N, Güntner AT, Weber IC, et al. Alternate-day fasting elicits larger changes in fat mass than time-restricted eating in adults without obesity: A randomized clinical trial. Clinical Nutrition. 2025;53:212–221. DOI : 10.1016/j.clnu.2025.08.033. Cette étude randomisée a inclus 76 adultes âgés de 18 à 40 ans, répartis entre jeûne un jour sur deux, alimentation limitée dans une fenêtre de 8 heures (12 h–20 h) et groupe témoin, pendant 4 semaines. Le métabolisme de repos a diminué dans le groupe de jeûne un jour sur deux, mais pas dans le groupe d’alimentation limitée dans le temps, par rapport au groupe témoin.
- Dote-Montero M, Sanchez-Delgado G, Ravussin E. Effects of Intermittent Fasting on Cardiometabolic Health: An Energy Metabolism Perspective. Nutrients. 2022;14(3):489. DOI : 10.3390/nu14030489. Revue des adaptations du métabolisme énergétique observées avec différentes formes de jeûne intermittent.
- Sang X, et al. Effects of fasting on thyroid hormone profiles: a systematic review and meta-analysis of TSH, FT3, FT4, and total T3 responses. 2026. Cette méta-analyse a inclus 15 études humaines portant sur des jeûnes d'au moins 24 heures.
